L’accouchement-marathon

Maryse Dewarrat a une activité de conseil spécialisé comme sage-femme. Elle est Analyste transactionnelle (PTSTA-C).

Je connais un mĂ©decin qui dit Ă  toutes ses clientes que « l’accouchement, c’est comme un marathon Â». Sa position privilĂ©giĂ©e en salles d’accouchements lui donne toutes les occasions de voir que cette information n’est pas juste. Ainsi il met de cĂ´tĂ© une partie de la rĂ©alitĂ©.

Une fausse information professionnelle, c’est gênant, surtout quand elle est répétée, généralisée, donc posée comme une vérité. Et reçue par des personnes qui n’y connaissent rien quand c’est un premier accouchement, des personnes qui ont un vif besoin de faire confiance dans une période vulnérable, des personnes qui ont un contact régulier avec un expert dans son métier.

Je m’interroge sur l’avantage qui rĂ©sulte de cette affirmation, sachant que nos jeux psychologiques se dĂ©roulent hors de notre conscience, quand nous sommes en relation. S’agit-il d’informer ? De confronter quelques illusions autour de la naissance ? De partager une longue expĂ©rience ?

Ĺ’ufs bleus dans un nid. Source : Pexels.

Je perçois les conséquences d’une telle phrase dans les réactions intimes que me transmettent les femmes et les hommes qui ont vécu la naissance d’un bébé, par mon activité de sage-femme et de conseillère psychologique.

Qui a dĂ©jĂ  fait un marathon Ă  l’âge du premier accouchement ? qui a envie d’en faire un ? qui a le temps de s’entraĂ®ner pour le faire ? qui est attirĂ©.e pour supporter une Ă©preuve de plusieurs heures sans pause ? Avec, en plus, un mouflet de 3 Ă  4 kg sur le dos (enfin… devant).

La femme, l’homme qui entendent parler de marathon avant de vivre la naissance d’un bébé sont confirmées dans leur peur, dans leurs limites, dans leur incompétence et dans leurs fantasmes des problèmes qui vont surgir au cœur de l’expérience. Ils sont engagés vers une certaine dépendance psychologique.

Un marathon, c’est une épreuve de plusieurs heures, toujours trop longue, vécue sans pauses et qui dépasse toujours l’énergie propre de la personne qui, ce jour-là, est un sportif, une sportive.

La naissance d’un bĂ©bĂ© dure plusieurs heures, elle offre des pauses entre chaque contraction, elle ne nĂ©cessite pas de constitution sportive ni d’entraĂ®nement. C’est tout l’inverse : les choses se passent mieux si la femme dĂ©-muscle, assouplit son corps grâce Ă  l’entourage, grâce Ă  ses Ă©motions, grâce Ă  l’eau chaude et tout autre moyen dont elle a besoin Ă  ce moment-lĂ .

La compétence du médecin existe, ses méconnaissances aussi, renforçant les méconnaissances de la femme et de l’homme pour l’une des expériences les plus décisives de leur vie.


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